Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale. Cette saison, Éco d’ici Éco d’ailleurs et Le grand invité de l’économie RFI – Jeune Afrique ont donné la parole à des dirigeants, entrepreneurs et experts pour décrypter les transformations entre Afrique, Europe et reste du monde. Tensions géopolitiques, commerce international, souveraineté, nouvelles technologies, transition énergétique… Voici une sélection des entretiens les plus marquants de cette saison.
Les grands invités de l’économie africaine
Cette saison, plusieurs dirigeants ont partagé leur vision d’une économie africaine en pleine mutation. Le fil conducteur : rester au plus près des réalités locaux tout en s’ouvrant aux marchés internationaux. C’est le cas de Grégory Clerc, directeur général du groupe Castel, qui a défendu un modèle décentralisé, laissant aux filiales une grande marge de décision. Une stratégie qui permet d’éviter les pièges d’une croissance trop centralisée.
La stratégie africaine du groupe Castel
Malgré les difficultés au Sahel, en RDC ou en Centrafrique, Castel maintient ses positions. Pour Grégory Clerc, la connaissance du terrain prime sur les plans théoriques. La sécurité reste un défi, mais le groupe assume une vision de long terme. Ce choix illustre une tendance plus large : les entreprises qui réussissent en Afrique sont celles qui acceptent de s’adapter aux particularités de chaque marché.
Autre figure marquante : Alahassane Diakité, directeur de la Maison du Cacao à Divo. Face à la volatilité des cours, il prône une transformation locale accélérée. La Côte d’Ivoire veut augmenter sa capacité de transformation pour stabiliser la filière et créer de la valeur ajoutée. Un combat qui passe aussi par un meilleur accès des producteurs aux marchés à terme. Et une question essentielle : comment peser face aux grands négociants internationaux ?
Industrie et innovation : les défis de la saison
L’industrie automobile européenne est secouée par la montée des constructeurs chinois. Athina Argyriou, déléguée générale de la CSIAM, a mis en garde contre un protectionnisme trop défensif. Pour elle, la compétitivité passe par une base industrielle solide, l’innovation et l’indépendance énergétique. Un message fort alors que les États-Unis ralentissent leur transition vers l’électrique.
La Chine dispose d’une capacité d’ingénierie impressionnante et d’un appareil industriel rapide. Face à cela, l’Europe doit continuer à investir dans la transformation, pas seulement la subir. Cette course à l’innovation concerne aussi les matières premières stratégiques. Le projet Simandou, en Guinée, porté par Baba Hady Thiam, en est l’illustration parfaite.
Simandou : un pari minier dépoussiéré
Simandou ne se résume pas à l’extraction de minerai de fer. L’avocat d’affaires franco-guinéen insiste sur le contenu local : il ne s’agit pas seulement de fixer des pourcentages d’emplois, mais de monter en gamme les compétences guinéennes. L’objectif ? Que les entreprises locales puissent, demain, gérer des projets complexes. Un défi de formation et d’entrepreneuriat qui dépasse le simple cadre minier.
Souveraineté numérique et IA africaine
À l’occasion du Gitex Africa 2026, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre marocaine déléguée à la Transition numérique, a défendu une innovation africaine fondée sur la coopération. Pour elle, la souveraineté ne se limite pas au stockage des données. infrastructures, capacités de calcul, datacenters, connectivité… tout cela doit être pensé collectivement entre pays africains.
La ministre plaide pour une « troisième voie » africaine de l’intelligence artificielle, ni copie de l’Europe ni de l’Asie. Une vision qui repose sur le partage des talents et des ressources. Cette approche collective pourrait bien devenir un modèle pour les économies émergentes en quête de développement durable.
École, immigration et mobilité sociale
L’économiste El Mouhoub Mouhoud, président de PSL, a abordé des sujets tout aussi structurants. À travers son parcours, il dénonce une vision du débat public trop focalisée sur les échecs ou les réussites spectaculaires. La majorité des jeunes issus de l’immigration réussit par l’école, souvent dans l’anonymat. L’apprentissage, selon lui, reste l’outil le plus efficace contre les discriminations à l’embauche : une fois en entreprise, les compétences parlent d’elles-mêmes.
Cette réflexion sur la méritocratie rejoint celle de Thierry Marx. Le chef cuisinier, président de l’UMIH, insiste sur la transmission des savoir-faire. Pour lui, former ne consiste pas à reproduire un modèle, mais à rendre l’apprenant autonome et curieux. Dans l’hôtellerie-restauration, beaucoup de travailleurs viennent de l’immigration. Leur contribution à l’économie est majeure, mais ils font face à des obstacles administratifs parfois absurdes.
Les temps forts de cette saison en bref
- 🎙️ Économie : Grégory Clerc et la stratégie africaine de Castel
- 🌱 Écologie : la filière cacao face à la volatilité des marchés
- 🚗 Innovation : l’automobile européenne face à la Chine
- ⛏️ Locaux : le contenu local au cœur du projet Simandou
- 🖥️ Découverte : la souveraineté numérique portée par le Maroc
- 📚 Entrepreneuriat : l’apprentissage, rempart contre les discriminations
Tout au long de cette saison, les invités ont livré une vision concrète des bouleversements en cours. Leur point commun ? Refuser les solutions simplistes et parier sur l’adaptation, la formation et la coopération internationale. Une boussole précieuse pour comprendre l’économie de demain.

Coralie a débuté comme blogueuse tech avant de rejoindre plusieurs rédactions web spécialisées. Elle suit de près l’IA, le gaming et les usages mobiles. Passionnée par les impacts concrets du numérique sur le quotidien.