Rencontre des entrepreneurs français : inquiétudes face au silence sur le numérique, la cybersécurité et l’IA

Rencontre des entrepreneurs français : inquiétudes face au silence sur le numérique, la cybersécurité et l’IA

La Rencontre des Entreprises de France, qui s’est tenue cette semaine à Roland-Garros, devait être le grand rendez-vous économique de la rentrée. Mais force est de constater que les débats ont laissé sur le carreau des sujets essentiels pour les entrepreneurs français : le numérique, la cybersécurité et l’intelligence artificielle. Face aux sept principaux candidats à la présidentielle, les chefs d’entreprise ont entendu beaucoup de discours, mais trop peu de mesures concrètes. Et l’inquiétude monte.

Présidentielle 2027 : le numérique, grand absent des programmes ?

La campagne présidentielle débute à peine, et déjà les patrons regrettent un silence assourdissant sur les questions technologiques. Jacques Pommereau, président d’Inetum, ne mâche pas ses mots : pour lui, le sujet n’est pas assez présent dans les programmes. « Comment faire pour que notre tissu économique adopte plus rapidement ces nouvelles technologies ? » demande-t-il, avant d’ajouter que se joue là une question de compétitivité face à des concurrents internationaux bien plus offensifs.

Prends le cas de Bertrand, dirigeant d’une PME lyonnaise spécialisée dans la logistique. Venue de loin pour écouter les candidats, elle n’a eu droit qu’à des généralités sur l’innovation. « On nous parle de réindustrialisation, mais personne ne nous dit comment financer notre transformation digitale ou protéger nos données face aux menaces croissantes », confie-t-elle, déçue. Comme elle, ils sont nombreux à attendre des réponses claires sur la place de la technologie dans la stratégie nationale.

Cybersécurité : une priorité trop souvent reléguée au second plan

Même son de cloche du côté de la cybersécurité. « C’est un sujet qui est passé un peu en sourdine cet été, mais se protéger est fondamental », insiste Jacques Pommereau. Les attaques contre les collectivités et les entreprises se multiplient, et les conséquences économiques sont lourdes. Pourtant, aucun débat de fond n’a eu lieu sur la sécurité des données.

Les entrepreneurs français ne demandent pas des mesures spectaculaires, mais des engagements clairs : des incitations fiscales pour investir dans la protection, un soutien à la formation de spécialistes, et une vraie stratégie européenne face aux acteurs extra-européens. Le silence des candidats sur ces enjeux questionne leur compréhension des réalités du terrain.

IA et compétitivité : les entreprises françaises veulent passer à la vitesse supérieure

Autre source d’exaspération : l’intelligence artificielle. Marc-André Pezin, de l’entreprise grenobloise Vates, observe un intérêt croissant de ses clients pour ces technologies, mais aussi une inquiétude diffuse sur les disruptions à venir. « Les sujets qui nous préoccupent, ce sont la prise de conscience autour de l’IA, son impact sur l’emploi chez les jeunes, et la manière dont nos modèles de société doivent évoluer », analyse-t-il.

L’hexagone dispose pourtant d’atouts : des ingénieurs de talent, des laboratoires de recherche reconnus, et un écosystème de start-ups dynamique. Mais l’écart se creuse avec les géants américains et chinois. Pour combler ce retard, il ne suffit pas d’encourager l’innovation ; encore faut-il permettre aux entreprises de se l’approprier. Or, sans une main-d’œuvre formée et des infrastructures adaptées, la promesse de l’IA restera lettre morte.

Ce que les entrepreneurs attendent des candidats

À la sortie des débats, un consensus se dégage parmi les chefs d’entreprise. Voici ce qu’ils espèrent entendre dans les prochaines semaines :

  • 📊 Une stratégie nationale claire pour l’intelligence artificielle, avec des financements dédiés et des objectifs chiffrés.
  • 🛡️ Des mesures concrètes pour renforcer la cybersécurité des PME et des ETI, notamment via des crédits d’impôt et une aide à l’embauche d’experts.
  • 🇪🇺 Une position forte à Bruxelles pour garantir la souveraineté numérique de la France et de l’Europe face aux géants du net.
  • 🎓 Un plan de formation massif pour préparer les jeunes et les salariés aux métiers de la transformation digitale.
  • 💶 Des allègements administratifs pour accélérer l’adoption de la technologie dans les entreprises de toutes tailles.

Reste à savoir si les candidats sauront répondre à ces attentes. L’élection aura lieu dans moins d’un an, et les entrepreneurs français, eux, n’ont pas de temps à perdre.

Souveraineté numérique : des solutions françaises pour ne plus dépendre des géants américains

Face au silence des politiques, certaines entreprises prennent les devants. Vates, par exemple, développe une solution logicielle 100 % française pour permettre à ses clients de se passer des outils américains. « Le changement brutal de stratégie d’un acteur états-unien peut mettre en péril toute une organisation », explique Marc-André Pezin. Une manière concrète de répondre aux enjeux de souveraineté.

Cet exemple illustre bien la tendance de fond : les entrepreneurs français ne veulent plus subir les décisions prises ailleurs. Ils veulent des alternatives locales, des clouds de confiance, et une capacité à innover sans dépendre des écosystèmes étrangers. La sécurité des données devient ainsi un levier de compétitivité, et non plus une simple contrainte réglementaire.

Transformation digitale : un enjeu de compétitivité et de résilience

La transformation digitale n’est pas qu’une affaire de start-ups : c’est l’affaire de toutes les entreprises, des plus petites aux plus grandes. Pourtant, les freins restent nombreux : coûts, manque de compétences, incertitudes réglementaires. En n’abordant pas ces sujets, les candidats prennent le risque d’hypothéquer la croissance future du pays.

Les exemples étrangers montrent pourtant qu’une politique volontariste porte ses fruits. Des pays comme le Canada ou l’Estonie ont fait du numérique un pilier de leur développement économique. À quelques mois de l’élection, les entrepreneurs français attendent des propositions à la hauteur de ces défis. Après tout, la technologie et l’innovation sont peut-être les seules réponses crédibles aux crises successives qui secouent le monde.

Une chose est sûre : le monde économique, lui, ne ralentit pas. Les concurrents internationaux avancent vite, très vite. À Roland-Garros, les candidats ont perdu une occasion de montrer qu’ils avaient pris la mesure du virage numérique. Aux prochains débats de rattraper ce temps perdu.

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