L’Argentine sous Javier Milei pousse plus loin le verrouillage sécuritaire. Dans un rapport publié cette semaine, Amnesty International dénonce une escalade de la surveillance technologique qui transforme le pays en laboratoire du contrôle numérique. L’ONG documente acquisitions massives d’outils de cyberespionnage, ciblage des opposants et un effet dissuasif direct sur les libertés publiques. Décryptage.
Amnesty alerte sur l’escalade de la cybersurveillance en Argentine
Entre réformes institutionnelles et commandes de logiciels espions, le gouvernement de Javier Milei a considérablement élargi ses capacités de renseignement. Le rapport Sensing the Surveillance State d’Amnesty International montre comment, depuis 2024, l’exécutif a multiplié les décrets et résolutions pour renforcer l’infrastructure de surveillance de l’État. L’organisation parle carrément de surveillance généralisée, autant dans l’espace physique que numérique.
Les chiffres donnent le vertige : pour au moins 1,2 million de dollars, l’État argentin a acquis en 2024 et 2025 des technologies de pointe. Parmi celles-ci, la reconnaissance faciale via une licence de la société américaine Clearview AI. Une entreprise épinglée un peu partout dans le monde pour avoir aspiré des données biométriques sans base juridique suffisante. Les amendes pleuvent déjà en France, en Grèce, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni.
Ce n’est pas tout. Le gouvernement s’est aussi équipé de plateformes de renseignement en source ouverte (OSINT). L’objectif ? Collecter, recouper et visualiser d’immenses volumes de données provenant des réseaux sociaux, d’Internet, du dark web et des bases de données personnelles. Résultat : la vie privée des citoyens argentins est désormais éventrée à grande échelle.
| Technologie | À quoi ça sert | Risque pour les citoyens |
|---|---|---|
| Reconnaissance faciale (Clearview AI) | Identifier des personnes en temps réel dans les foules | Vie privée éventrée, fichiers biométriques sans consentement |
| Plateformes OSINT | Collecter et recouper les données des réseaux sociaux | Profilage des opposants et des activistes |
| Logiciels de recoupement | Croiser d'immenses volumes de données | Création de profils individuels détaillés |
| Outils de géolocalisation | Suivre les déplacements des cibles | Surveillance physique permanente |
| Caméras intelligentes | Détecter des comportements via des algorithmes | Dissuasion des rassemblements |
Les technologies de surveillance déployées par l’État argentin
Le rapport d’Amnesty détaille plusieurs catégories d’outils déployés par les autorités. Voici les principaux composants de cet arsenal numérique, selon les documents de marchés publics analysés par l’ONG :
- 🕵️♂️ Reconnaissance faciale : licence Clearview AI pour identifier les personnes en temps réel dans les foules.
- 💻 Plateformes OSINT : collecte automatisée de données sur les réseaux sociaux, forums et sites web.
- 📊 Logiciels de recoupement : croisement massif de données pour créer des profils individuels.
- 🚨 Outils de géolocalisation : suivi des déplacements des cibles potentielles.
- 🎥 Caméras intelligentes : surveillance vidéo couplée à des algorithmes de détection de comportements.
Selon Matt Mahmoudi, chercheur et conseiller sur l’intelligence artificielle et les droits humains à Amnesty, ces technologies « font désormais partie intégrante de l’infrastructure de contrôle étatique, prenant pour cible la dissidence et dissuadant les mouvements de protestation ». Une conclusion alarmante qui résonne avec l’actualité récente.
Libertés publiques et droits de l’homme sous pression en Argentine
L’impact sur le terrain se fait sentir immédiatement. Les témoignages recueillis par Amnesty auprès de 21 personnes de la société civile – journalistes, militants, retraités, jeunes, défenseurs des droits – pointent tous vers le même phénomène : l’autocensure. Quand tu sais que chaque manifestation peut être filmée, analysée et que tes données peuvent être utilisées contre toi, tu réfléchis à deux fois avant de te joindre à un rassemblement.
Les retraités qui manifestent chaque mercredi devant le Parlement pour défendre leurs pensions en font les frais. Les journalistes qui couvrent ces mobilisations subissent aussi cette pression invisible. Le simple fait de savoir que l’État peut actionner les leviers de la cybersurveillance suffit à créer un effet dissuasif sur l’exercice des droits fondamentaux : liberté d’expression, de réunion et d’association.
Le ciblage des opposants et des voix dissidentes
Amnesty souligne que la surveillance ne se contente pas d’être omniprésente : elle vise spécifiquement certains profils. Défenseurs des droits humains, dissidents, jeunes, migrants – tous sont considérés comme des cibles potentielles. Le rapport évoque des pratiques de profilage qui permettent d’identifier les activistes avant même qu’ils n’agissent.
Du côté des autorités, aucune transparence sur l’usage de ces outils. Les décrets pris par l’exécutif pour réformer le service de renseignement en 2024 ont été signés sans débat public. Les garanties juridiques censées encadrer l’utilisation de l’IA et des technologies de surveillance restent, elles, lettre morte. Une situation d’autant plus préoccupante que la justice argentine ne semble pas en mesure de contrôler ces pratiques.
Une tendance mondiale : l’autoritarisme numérique s’étend
L’Argentine est-elle un cas isolé ? Pour Amnesty, la réponse est clairement non. Le rapport parle d’une « vague mondiale d'autoritarisme numérique ». Des États aux pratiques autoritaires intensifient leur recours aux technologies de surveillance, et l’exemple argentin s’inscrit dans ce mouvement global. Une manière de rappeler que la protection des droits de l’homme à l’ère du numérique ne concerne pas uniquement les démocraties dites fragiles.
Prenons le cas de la reconnaissance faciale. Clearwater AI, la société américaine derrière la licence acquise par Buenos Aires, a déjà été sanctionnée en Europe. Mais l’Argentine n’est pas la seule à se fournir chez ces géants du data-mining. De nombreux pays, y compris au sein de l’Union européenne, utilisent des outils similaires, souvent avec aussi peu d’encadrement juridique.
Quelles garanties pour les citoyens face à la surveillance de masse ?
Face à cette dérive, Amnesty est catégorique : les autorités argentines doivent faire la preuve de leur détermination à protéger les droits humains. L’ONG exige que l’utilisation des systèmes de surveillance basés sur l’IA, par les acteurs publics ou privés, ne soit pas laissée sans contrôle. Autrement dit : il ne suffit pas d’acheter des outils dernier cri ; il faut aussi des garde-fous législatifs et un vrai recours pour les citoyens.
La vie privée des Argentins, comme celle de millions de personnes dans le monde entier, ne peut pas être sacrifiée sur l’autel de la « sécurité ». Alors que la technologie avance toujours plus vite, les gardiens de la liberté doivent trouver des moyens de résister. À Buenos Aires, la bataille pour le droit à l’intimité ne fait que commencer.
Les vraies questions sur la surveillance en Argentine
Est-ce que la surveillance vise tout le monde ou juste les opposants ?
Le rapport dit que des profils précis sont ciblés : militants, défenseurs des droits, migrants. Mais l'effet est collectif, tout le monde peut se sentir observé.
Ça vaut le coup de s'inquiéter pour les données biométriques en Europe ?
L'Europe a déjà mis des amendes à Clearview AI, en France, en Grèce, aux Pays-Bas. L'affaire argentine montre qu'un État peut acheter ces outils sans trop de contrôle.
Faut-il éviter de manifester si on est en Argentine ?
Chacun fait son choix. Le rapport note que beaucoup s'autocensurent, et c'est justement ce que le gouvernement semble vouloir.
Qu'est-ce qui a changé depuis 2024 ?
Avant, il y avait déjà des outils de surveillance. Depuis 2024, les décrets et les budgets ont élargi le système, avec surtout l'arrivée de la reconnaissance faciale et du croisement massif de données.
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Coralie a débuté comme blogueuse tech avant de rejoindre plusieurs rédactions web spécialisées. Elle suit de près l’IA, le gaming et les usages mobiles. Passionnée par les impacts concrets du numérique sur le quotidien.
5 commentaires
Clearview AI déjà condamnée, mais l’Argentine s’en moque. L’open source comme garde-fou?
La reconnaissance faciale repose sur des réseaux de neurones facilement détournables. Très inquiétant.
C’est l’uberisation de la surveillance étatique. Merci Coralie pour ce signal d’alarme.
De la robotique à la cybersurveillance, la tech peut devenir un cauchemar. Article essentiel!
Bonjour Coralie, 1,2M$ de surveillance massive: la dataviz serait glaçante.